12 avril 2009

Réserve Tingana, alto Mayo, haute Amazonie

Avec toute la famille, et ma maman et ma tante Isabelle, nous étions venus passer deux nuits dans cette réserve de foret inondable, gérée par une association de quelques familles de paysans.

Un moment agréable et simple : des gens accueillants, des cabanes rustiques mais confortables, des repas exotiques mais pas deroutants, des caféiers, cacaoyers, bananiers, aguajes ; Des balades en canoe taille dans un tronc, quelques singes, des oiseaux, des racines qui se prennent pour des lianes (Ah oui c'est donc ça la foret inondable, des arbres à moitié sur la terre ferme et à moitié dans l'eau...). Parfait parfait, tout ça, une nature sauvage bien civilisée.

Tout de même, ma mère et ma tante sont allées faire un tour derrière le petit complexe touristique, entre les cases des habitants. Elles ont été frappées par leur dénuement.

Et puis voilà, un mois plus tard, je suis revenu seul faire quelques jours de volontariat, histoire de passer un peu derrière le décor...

La réalité quotidienne s'est superposée à la réalité touristique, pour commencer lentement, doucement.

Les allées et venues des habitants entre la réserve et leurs champs, et la ville où les enfants vont au collège et ou se tient le marché. Ça n'a l'air de rien, mais c'est quand même une heure de canoé et une autre de bus, quand les bus passent.

La litanie des groupes de touristes qui arrivent pour une demi-journée, qu'on aimerait (parfois) connaître un peu mieux, mais qui s'en vont déjà en envoyant des baisers. Quand ils ne parlent pas espagnol, la conversation se limite à des gestes et des sourires.

L'ennui de devoir cuisiner à chaque repas, sans pouvoir garder aucune nourriture d'un jour sur l'autre.

Les visites entre voisins, une ou deux fois par jour. On se réjouit de l'installation prochaine d'un nouveau, pour rompre la monotonie.

Rosy apprend à lire avec l'aide de son fils Anderson, 13 ans. Les enfants du coin font des courses en canoé.

La pêche, les poissons-chats qui couinent quand on les extrait du filet, et qui se débattent encore une fois éviscérés : "- Regarde Tonito, regarde leur vitalité. Les gens le savent ici, si tu les manges tu deviens résistant comme eux !      -Voui, voui (beuârp).

Et puis un soir, brutalement, est venue une autre réalité : la pluie, la grosse grosse pluie, le déluge.

Dans la pénombre enfumée de la cuisine en terre battue, on ne s'entend presque plus parler. Dehors, seules les grenouilles chantent, les oiseaux se taisent, le bec dans les plumes. Tel Goldorak, je traverse une cascade pour rejoindre ma cabane.

Le lendemain matin, il pleut encore. La forêt à peine visible délimite l'horizon. En dessous, la rivière a presque tout envahi, presque plus de terre ferme. Ce qu'il en reste n'est qu'une éponge ruisselante. Seul le milieu du ponton se maintient hors de l'eau.

Au dessus, le ciel liquide n'en finit pas de tomber. Tous les insectes se serrent sous les feuilles de bananier, les rares fous qui se hasardent au-dehors périssent broyés. Sortir poser les filets de pêche tient du biathlon 100 m nage libre / écopage de canoé.

A part ça, rien d'autre à faire que de regarder la pluie. Juan dit que c'est une bénediction, comme tout ce qui vient du ciel. Foi de charbonnier. J'ai jamais rien compris au charbon.

Je regarde la pluie. Dans une centaine d´heures je serai en France. Sacrée transition.

Eux, les gens de Tingana, recherchent des volontaires pour leur enseigner l'anglais, internet, construire un site web, et partager leur quotidien. Faites-moi signe si vous êtes intéressé(e).

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Vers midi la pluie s'est arrêtée. je suis parti 3 heures en canoé, seul avec les oiseaux, les singes, les loutres et les fourmiliers. J'avais l'impression de flotter entre les cimes des arbres engloutis. A d'autres moments je me faufilais, penché sous les branches couvertes de bromelias et d'orchidées. Et je me suis rappelé pourquoi j'étais ici.

bises, à bientôt dans le jardin (cf message précédent)

Antoine

Posté par famille longet à 17:26 - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur Réserve Tingana, alto Mayo, haute Amazonie

    Merci Antoine

    que c'est bon de te lire, de suivre ton regard sur les choses et les gens, je crois que ça va beaucoup me manquer! Et si tu continuais au retour?
    Moins exotique mais tout aussi sarcastique, moins coloré mais toujours aussi poétique, ta plume glisse si justement tu nous transportes, on t'accompagne, on rêve, on voit par tes yeux.
    Dérision, humour et amour c'est un fameux cocktail!

    je t'embrasse

    Mamine

    Posté par mamine, 14 avril 2009 à 09:55 | | Répondre
  • Waouh, quelle belle parenthèse... Les insectes qui se planquent tous ensemble sous une feuille, hallucinant... Merci Goldorak !

    Posté par Tonton, 14 avril 2009 à 16:04 | | Répondre
  • une des raisons... devait etre de nous faire partager tout ca! tu te dois de continuer a ecrire... ca serait du gachis sinon parole de tata
    bon retour

    Posté par justine, 15 avril 2009 à 02:29 | | Répondre
  • coucou vous !!
    on se voit quand et ou????
    bizouille et bon retour
    Titi et JF ,et Esteban

    Posté par titijeff, 17 avril 2009 à 13:12 | | Répondre
  • renseignement

    Bonjour, je pars en vacances à moyobamba et j'aurais voulu connaitre les modalités pour visiter la réserve Tingana ( accés, prix, quoi emporter,particularités de la réserve)...
    Et si vous savez s'il y a d'autres sites interressant et originaux a voir dans les alentours de moyobamba...
    Merci d'avance...

    Posté par nicofrance2, 24 mars 2010 à 23:53 | | Répondre
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